Je te raconte aujourd'hui l'histoire [ben oui, c'est le dernier jour du mois, voyons]
d'un monsieur qui se réveille dans son lit conjugal, seul, un samedi matin. Il ouvre un œil dans une quiétude de bon aloi. Il ouvre l'autre, et là… les choses se compliquent. La
tête lui tourne. Il a la nausée. Il se souvient. Le pot d'adieu du directeur commercial, commencé au boulot et continué dans un bar, et puis… et puis…
Il ne sait plus. Il repousse la couverture, se dresse. Oh… ça tourne ! Il s'assoit au bord du lit en essayant de se souvenir ce qui a bien pu se passer après le bar. Parce que ça, il s'en
souvient. Le bar, les tournées à la bière. Bière blonde, bière brune, bière rousse... Et puis… et puis…
Il regarde autour de lui. Ses affaires sont pliées sur la chaise, ses chaussons sont à ses pieds. Et il sent confusément que ceci n'est pas la suite logique de ce qui s'est passé. Alors…il y
avait eu le gin, la whiskey, puis… puis….
Oh mon dieu ! La boite à strip-tease !
Tout lui revient : la virée monstrueuse avec les collègues. Jusqu'à pas d'heure. Les filles en mini-bikini. La tequila. Les filles sans bikini. La vodka. Le retour en taxi parce qu'il n'arrivait
même pas à ouvrir la porte de sa voiture. A quelle heure était-il rentré ? 3 heures…
Et nous sommes samedi. Il aurait dû être debout à 8h, laver la voiture et la préparer pour que son épouse aille faire les courses. Il n'a rien fait. Rien.
Oh mon dieu… Il est mal, il est très mal.
Il quitte la chambre, avance dans le couloir. Ses chaussures y sont rangées. Son attaché-case est posé dans l'entrée. Il se précipite dans la cuisine où son fils prend son petit déjeuner,
quasiment vautré dans son bol de céréales, comme tous les matins.
-"Salut, grand
-"Ouais, salut, répond l'ado, hilare derrière sa frange qui trempe dans le bol de
céréales.
-"…
-"Alors… ça va mieux ?
-"Heu, comment ça, ça va mieux ?
-"Oh arrête, t'es rentré dans un état, cette nuit. Roh la la !
Qu'est-ce que j'me suis marré !
-"C'est bon, ça va.
-"Non mais alors, c'était
grave fun.
-"Ah ?
-"Non mais alors, trop pas comment ça
l'faisait.
-"Bon…
-"Non mais alors, trop bien, j'te dis
-"Et ta mère ?
-"Quoi, la reum ?
-"L'appelle
pas comme ça. Elle va comment ?
-"Ben super bien, figure-toi. Elle m'a dit d'pas faire de bruit pour pas te réveiller, dis
donc.
-"Ah bon ?
-"Elle était toute guette, ce matin. Même cette nuit en
nettoyant le vomi dans l'couloir.
-"Oooh non.
-"Ben j'ai pas trop compris, en
fait….
-"Vas-y, raconte.
-"Ben elle était trop fumasse quand t'as voulu défoncer
la porte. Ça nous a sorti du lit grave pénible. Et puis j' te dis pas comment elle s'est mise à hurler quand t'as dégueulé sur la moquette.
-"Roh la la. Je suis mal avec ta mère, je suis mal, là.
-"Ben non.
-"Non ?
-"Non, j'te dis.
-"Allez,
continue
-"Ben elle t'a ramassé, et puis elle t'a traîné dans la chambre. Moi j'suis resté au bout du couloir tellement ça chlinguait
trop. Des plombes, ça a duré. J'étais mort de lol. Puis elle t'a désapé. Et ça a pas été simple parce que tu voulais pas, tu voulais l'faire tout seul.
-"Oooh non.
-"Et puis quand elle a voulu t'enlever ton caleçon, tu t'es mis à gueuler comme un âne.
Alors elle a arrêté de crier, elle t'a couché, elle t'as passé le gant sur la tronche, elle t'a fait un bisou sur le front et elle a tout rangé, tout nettoyé !
-"Oh ?
-"Comme je t'le dis.
-"Mais j'avais dit
quoi ?
-"Pas compris…
-"Souviens-toi, grand, fais un
effort.
-"J'me souviens, mais j'ai pas compris. Surtout que tu l'as insultée, quoi.
-"Hein ?
-"T'as crié : me touche pas, salope, j'suis un homme marié, moi !"

Tu noteras que je me suis fait un plaisir à de ré-écrire cette adorable histoire.