Public-chéri-mon-amour !
Tu l'attendais, le voici : le conte-rendu [ceci est un jeu de mots !] de mon séjour en clinique. Parce qu'on rigole, on bâfre du pain, mais faudrait voir à ce que je te les raconte, ces 3 jours à la
clinique des Lilas.
Jour 1 - lundi
Le Dr Sh. avait dit -et le crétin d'anesthésiste avait confirmé- arrivée à 8h à jeun depuis minuit pour une chirurgie dans l'après-midi. Déjà l'arrivée
à potron-minet 8h là-bas, c'est hardos. Mais à jeun...Tu me connais, précautionneuse : j'ai pris un vrai petit déjeuner à
23h30 que j'avais terminé avant minuit. Consigne respectée, chef !
7h50, arrivée [ça
frise l'inhumain]. Au revoir DH. Bonjour l'admission. Tout de suite les
choses sérieuses : le chèque de caution. La dame est surprise mais non, non, je ne prendrai pas la télévision. Oui, j'ai bien compris que ça fait partie de la chambre particulière
[merci la mutuelle de la Yellow World Company] mais non, pas de télé pour MiC. Par contre, j'apprends que mon opération est à 10h30. Zut, vais pas pouvoir broder mon monument.
Je m'installe. La chambre donne sur l'avenue. C'est bruyant. Très
bruyant. Fallait pas rêver ; j'ai déjà une chambre particulière... Perceuse et coups de marteau dans la chambre juste en dessous. Normal. Je range mes affaires, pile de livres sur la
table de chevet [atmosphère, atmosphère], Grinch dans le tiroir.
L'infirmière m'apporte la tenue… que je vais me faire un plaisir de te détailler illico, et de haut en bas : charlotte en papier tissé blanc, chemise
ouverte dans le dos en papier tissé bleu foncé, culotte [pas tanga, non,
culotte. birk] en papier tissé bleu foncé, chaussons en papier tissé
blanc. Pas bien sexy, mais on va dire que ça fait... comment dire... un style. Puis l'infirmière me demande "C'est bien le pied droit?" car oui, elle inscrit un gros astérisque au feutre indélébile bleu foncé sur le genou droit !
1ère remarque : là, c'est fashion puisque assorti à la tenue
2nde remarque : dire que je n'ai pas osé inscrire sur mon pied gauche
"NON, L'AUTRE" …
10h, Georges le brancardier arrive. Hissage sur le brancard surélevé [comment font-il avec les gros p'tits vieux ?] et descente au bloc. L'infirmière nous court après et devant l'ascenseur me projette un liquide amer dans la gorge. Et mierda : pas de
pilule qui-rend-lala [moi qui n'attendais que ça
!].
'Tain ça caille, au bloc.
Le médoc agit déjà : je tombe raide dingue amoureuse de l'infirmière anesthésiste
[SÉTA, noire au visage d'ébène, yeux en amande à l'eye-liner, peau mate
et sourire doux] et JE LE LUI DIS : "Oooh, vous avez un visage splendide".
Ah c'est que le médoc
ne fait pas que détendre la MiC, il lui fait dire tout haut absolument tout ce qu'elle pense. C'est Showtime ! A l'arrivée de l'anesthésiste, pas bien reconnaissable dans
sa tenue et que je vois flou [pas de lunettes au
bloc] je l'interpelle : "Ce n'est pas le Dr. C. j'espère !" Bien
évidemment, j'enchaîne en exposant à ceux qui m'entourent tout le bien que je pense de ce monsieur. Ces fous me le font répéter !
Oui, ça a été comme ça pendant toute l'opération ! Je sais… les pauvres ! [mais bon, gardons à l'esprit les 600€ de dépassement]. On
m'installe sur le côté gauche. Je sens que ça bidouille à l'autre bout de mon corps. J'insiste : "Vous avez bien vu où est l'astérisque !". Dr Sh. passe, je le hèle : "Hey, c'est mon chirurgien !"Je note que, comme tout chirurgien qui se respecte, y'a de la moquette sous sa tenue [j'ose croire que j'ai su me retenir et n'ai pas déblatéré à ce sujet…]
J'étais d'humeur questionneuse.Quelques flashs :
-"Pourquoi j'ai pas le droit de voir ?
-"C'est quoi ce bruit ?
-"Pourquoi toujours du bleu au bloc ? [et je répétais bleu-au-bloc, bleu-au-bloc, et ça me faisait rire]
-"C'est commencé ?
-"Il se passe quoi ?
Puis j'ai cette image de l'anesthésiste qui vient vers moi le visage très… neutre. Il
injecte un produit dans ma perf' en me disant "Vous allez dormir". Je peux comprendre.
Un autre flash : SETA, la jolie infirmière me borde avec une couverture soufflante toute chaude. Elle est hilare. J'ose croire que c'est parce
que Georges lui raconte ses vacances… [pas George CLOONEY, Georges le
brancardier. Oh, faut suivre, là ! ]
15h, je me réveille dans ma chambre. Je suis en train de cuire. Sans rire. La fenêtre donne sur le lit. Elle est ouverte. Le rideau est levé. Et bien évidemment, il
fait un temps splendide alors qu'il a plu non stop pendant 4 jours ! J'ai chaud. Je rissole. Je soulève la couverture. Le pied est plâtré. C'est le droit. Bien. Je continue de mijoter dans le
potage. Dans le bruit et la fureur de l'avenue [#@¤ de
mobylettes]
15h30, une infirmière apporte une bouteille d'eau. J'en veux ! "Pas avant que vous ayez uriné" me dit-elle agressive. Bon d'accord. J'examine la
situation. Une perf' dans la main gauche. Une perf' dans la cuisse droite. Un coin-coin de Didier dans le pied droit [mais si, Didier, le film… il avait un coin-coin… souviens-toi !]. C'est infect, c'est épouvantable mais il va en falloir passer par là "Okay, apportez-moi le bassin".
Eh bien tu le croiras si tu veux, le bassin je l'ai eu à 20h15 ! Je l'ai jamais
revue, cette sadique. C'est pas plus mal.
17h, j'émerge. J'inspecte. Plâtre en résine. Bon, ça. Ce n'est
pas un coin-coin qui me sort des orteils [ça me paraissait
curieux] mais un drain. La perf' dans la cuisse est reliée à une
machine posée sur le fauteuil à côté du lit. Allons bon, je plie les orteils dans un sens mais pas dans l'autre. C'est rigolo. Je force. Je fooorce. Rien n'y fait. Suis pétée de rire. Au bout de
quelques instants, je réalise que la sensation est plutôt flippante. Je cesse. Et puis Dieu me parle et me dit quelque chose comme "Fais pas l'andouille, t'es capable de te péter un truc" [oui Dieu, c'est Silia]
18h05, le dîner apparaît sous forme de plateau recouvert d'un autre plateau en plastouche gris.Dilemme. Je n'ai pas le droit de boire puisque je n'ai toujours pas eu ce #@¤ bassin. Mais manger… Tu le croiras -ou pas- je fus raisonnable : je commence par deux cuillérées de compote et
j'attends de voir ce que ça donne. Rien ne remonte,
tout va dans la direction logique. Je termine le pot de compote. Allô Houston, rien à signaler. Je soulève le couvercle du plateau : viande blanche / purée. Trop d'la balle, comme dirait l'autre. Je mets le temps mais j'en viens à bout.
Je suis vannée