
L’histoire de cette fin de mois se passe au fins fonds de l’Afrique Noire, au bord du fleuve Congo.
Il a fait chaud, très chaud. Le soleil splendide se couche, la soirée est rouge. Après une journée passée à avaler de la poussière en regardant des éléphants s’ébattre dans un lac de boue et des
lions vautrés sur les branches basses d’arbres rachitiques, des touristes dégustent un apéritif dans leur lounge. Installés dans de confortables fauteuils couleur crème, ils ont vue sur la
splendeur du fleuve où quelques crocodiles baignent furtivement, aux aguets.
Plus personne ne parle. Tous profitent de cet instant magique.
Sous leurs yeux, dans un silence respectable qui laisse la part belle aux bruits de la nature, une antique Rolls Royce vert olive roule sur le sentier le long du fleuve. Elle s’arrête. Un
chauffeur en descend, contourne le sublime véhicule, ôte sa casquette et ouvre la porte arrière. En descend une très vieille dame. Elle est en maillot de bain, porte une capeline et un drap de
bain visiblement griffé. Elle s’approche du fleuve, y trempe un orteil puis jette le drap de bain et s’élance dans l’eau.
Les touristes se dressent et retiennent tous un hurlement de terreur, conscient que cela pourrait affoler les crocodiles. Ils se tournent vers les membres du personnel qui leur indiquent par
gestes qu'il leur faut se calmer.
La vieille dame fait quelques brasses puis ressort. Elle porte toujours sa capeline. Elle fait quelques pas… reprend le drap de bain et se sèche. Les
crocodiles rodent dans l’eau mais, curieusement, ne font pas mine de se jeter sur cette proie un peu rachitique mais pourtant accessible.
Une fois sèche, la vieille dame tend le drap de bain au chauffeur, toujours respectueusement collé à la voiture. Elle remonte dans la Rolls Royce. Le chauffeur entre à son tour dans le véhicule
qui démarre et disparaît.
Les touristes sont sous le choc, totalement estomaqués.
D’un bloc, ils se tournent vers le responsable du lounge qui les a rejoints. Et qui leur dit : "Ah, je vois que vous avez eu le plaisir exceptionnel d'assister au bain de Mme LACOSTE"
