Wenceslau de Moraes, saudade nipponne
Or donc, public-chéri-mon-amour, au boulot je lis.
J'affiche un ennui ostentatoire mais avec retenue. Question d'élégance [tu me connais] Je ne me permets donc pas de lire mon gros livre de SF
[pourtant bien intéressant : une histoire d'espaces parallèles contée comme une épopée de l'aéronautique mathématique] J'ai apporté, en plus
du fameux Socrate en "Que Sais-Je ?" un livre pris à la bibliothèque d'EmeraudeVille.
Un livre pris au hasard.
Parce que la couverture me plaisait. Car, contrairement à la chanson "You Can't Judge a Book By Its Cover" [c'est là que j'aimerais savoir glisser
une chanson dans ma prose... tu sais : tu cliques et hop tu entends] je n'hésite pas à prendre les livres qui sont sur les tables, ou disposés en évidence sur les étagères, ou dont la
tranche [pas la tronche... andouille que tu es] m'agrée.
Même si le sujet ne m'interpelle pas. Surtout si le sujet ne m'interpelle pas. Comme ça. Juste pour voir. Et j'ai parfois de bien agréables surprises.
Ce monsieur en fut une tout à fait délicieuse

Un Portugais solitaire qui s'est installé au Japon. Les nouvelles de ce recueil datent du début du siècle dernier. Elles nous présentent un Japon intime, une solitude assumée, un goût pour
la simplicité, un humour bienveillant, une philosophie qui me va bien. 140 pages, 16 récits : un voyage en train, des lucioles, un dîner solitaire, une masseuse aveugle, les puces d'un chat,
etc.
Un extrait : "Les mousmés évoluaient, gracieuses comme toujours, chimères vivantes des plus séduisantes ; avec cette touche
d'élégance particulière qui fait d'elles non seulement les femmes les plus charmantes de toute l'Asie, qui est immense, mais aussi du monde entier, qui l'est plus encore..."
Un autre : "Mais ce que je ressens dans mon âme, c'est beaucoup moins et beaucoup plus que le boudhisme ne saurait m'apporter ;
c'est l'étrange floraison d'une orchidée hybride et exubérante, qui n'appartient qu'à moi, qui croît et s'épanouit dans un milieu favorisant son éclatante vigueur, dans la serre tiède de
l'exotisme, de la solitude et la saudade !... Le parfum capiteux de cette fleur eût pu faire de moi un génie, mais il n'en fut rien ; en revanche, peut-être est-il en train de faire de moi, peu à
peu, un fou..."
Allez, encore un : "Les kimonos, dans une explosion de couleurs chatoyantes, se rassemblent, ondulent, tournoient, palpitent en
impatiences puériles, en désirs de dernière minute ; les sandales de bois, qui se détachent à chaque pas de la plante des pieds nus, font en frappant le dallage comme un étourdissant orchestre de
crécelles."
D'accord, je cesse là, je serais prête à t'en recopier des pages.
Ce livre, je me le suis offert pour le passer à cet ami_très_cher.
Si tu en as l'occasion, donne-toi la chance de cette découverte.