Prose : j'ai testé pour vous l'IRM mammaire
Vous les voyez, les deux, là. Chaleureux, accueillants, avenants… Ben le droit (donc le gauche sur l'image, pour les blondes qui passent pas là) a fait son crétin et MiC a découvert les joies de l'IRM mammaire.
Internet en parle (me suis arrêtée à la 1ère page de Google) mais dans les grandes lignes et de façon méchamment doctorale et technique (genre "Dans nos sociétés occidentales, près d’une femme sur dix est concernée par le cancer du sein"). Et allez donc... Aucune expérience vécue, aucun "mais comment cela se passe-t-il donc ?" Vous savez comme je suis : aucune raison pour que je ne vous fasse pas profiter de cette expérience !
En femme (femelle, pas épouse, allons) consciencieuse, j'avais fait la mammo de
tous-les-deux-ans. Mon gynéco adoré (ah que je l'adore énormément : c'est lui qui a niqué mon cancer du col de l'utérus en coupant large) avait ajouté à la mano "échographie". Donc action !
Rendez-vous pris au cabinet d'X-rays du bled à côté de là où j'habite. 1h30 pour les deux (examens, pas lolos). La mammo, on connaît toutes.
Une horreur. Parait que les nouvelles machines sont géniales et toutes douces. C'est à Paris. Trois mois de délai. Donc pour la prochaine fois, for sure. Puis échographie. Et j'y ai droit : une ombre pas cool à l'échographie, là, au sein droit. Saleté.
Enfer. La toubib me fait peur : ton grave, voix froide, mots compliqués, indications sur l'écran (auxquelles je ne comprends que tchi, bien sûr).
J'apprends par la suite c'est une tactique : si détection d'un truc pas cool, faire systématiquement peur pour que ces dames ne
zappent pas l'IRM mandatory. Messieurs-mesdames les échographes, je me permets une suggestion : s'adapter à la patientèle. C'était un aparté.
Rendez-vous pris dans la foulée à l'IRM de Senlis (p'tain c'est à l'autre
bout du monde !). Jeudi en huit. 12 jours à attendre. Douze jours. DOUZE JOURS. Pour employer un terme technique cher à une copine, je flippais ma race, tout
simplement. Donc j'appelle, j'essplik, je négocie, on comprend, on me rappelle et j'obtiens un rendez-vous plus tôt (36h d'inquiétude économisées, toujours ça de pris sur le temps qui
passe…). Et c'est ça que je m'en vais vous conter, parce qu'on en cause peu et que ça vaut son pesant de M&M's !
Second aparté : confirmé, mon corps est un crétin qui somatise dès qu'il en a l'occasion (je vous l'accorde, y'a que lui qui peut
somatiser). Partie gauche du dos bloquée suite à la nouvelle. La nuit, une douleur dans le sein droit. Porte nawak. J'ai beau me dire "Mah non voyons, pense au SPA (la relaxation, pas les
animaux… les filles les filles, faut suivre !) pense à des trucs qui détendent, pense à.. ou alors à…". Alors je décide de le laisser faire ce qu'il veut, m'en fiche. Dingue… Ça fonctionne.
Presque.
Donc cet après-midi, IRM mammaire. Accueil professionnel souriant. D'abord on paie (on n'est pas là pour rigoler). 115 €. Allez donc. Déjà
que j'avais lâché 120 € pour mammo + écho. Non pas de carte bancaire. Non ça ne passe pas par la Carte Vitale (ben pourquoi ils la veulent, alors ?). Direction salle d'attente. Un 'tit pipi
(flipper, y'a pas, on connaît les effets), un cappuccino à la machine, de l'allure, redresser le dos, respirer, plonger dans le livre. Heu là : les démons ont bien envahi tous les Collèges, et
Hirad qu'est parti vivre chez les Elfes… (Oui, j'en suis toujours à la Légende des RAVENS).
Diantre, c'est mon tour. La chance est avec moi : l'opérateur est grand, brun, yeux clairs et doux (et pour le coup, c'est
exactement ce qu'il me faut), y'a même un aperçu de moquette, mais je suis pas d'humeur (oui, j'ai quand même noté… il est choses essentielles qu'il ne faut jamais négliger). Il s'appelle Olivier
(je flippe oui, mais ne perds pas le sens des convenances). Pas de mystère : on enlève tout ! Le haut, le beau soutien-gorge à ramures ivoire, toutes les boucles d'oreille, le collier, la jupe,
les bas. Vous l'avez compris : reste le tanga. De la dentelle oui, mais que de la dentelle. Et je suis
frileuse. Olivier comprend : il me fournit un espèce de vague truc en papier tissé qui fait la blague.
Par contre, gros souci : je n'ai pas le produit. Eeeeh oui ! Pour faire une
IRM, on injecte un produit qui se balade tout partout là où il faut, et on filme. C'est comme les paparazzi. Le produit circule dans le corps pendant que la machine prend un max de photos. Donc
galère : je n'ai pas le produit à inoculer dans mon corps d'albâtre. Argl. No problemo dit Olivier de sa voix calme et douce : ils en ont d'avance. A moi d'en acheter en pharmacie et le leur
donner, via le cabinet de X-rays de mon bled (ils vont m'entendre, ceux-là, pouvez en être sûrs !). Me voici donc, en tanga et légère veste de papier tissé, une aiguille dans le bras droit, un
tuyau accroché à l'aiguille, une grosse seringue (hénaurme : j'ai demandé, y'en a 15 ml. D'accord, c'est pas toute la seringue. Mais la seringue est grosse. Très grosse) accrochée au tuyau, seule
dans une mini-cabine.
Et là.
Je vous l'avoue.
J'ai perdu contenance.
Merci le portable qui permet de joindre la personne qui le fait bien.
Quelques mots échangés et
je me reprends.
Olivier apparaît.
On y va.
La machine est
telle qu'on l'imagine. Et là, ça devient drôle. Figurez-vous que je m'allonge sur le ventre, mes seins sublimes pendouillant dans une cavité adéquate. J'arrive à pouffer. Vais me faire une sieste
? Olivier m'installe. Les pieds comme ça. Olivier suggère : plutôt comme ça, non, c'est mieux ? Oui. Bien mieux. Les bras allongés. Surtout celui avec l'aiguille, le tuyau et l'affreuse seringue
(Tiens, le produit n'est pas fluo. Suis déçue) Un appui par ici. Un autre par là. Olivier glisse un bloc sous le bras gauche. La tête appuyée là. Bien. Car, mesdames, je vous révèle le secret : c'est le moment où il faut prendre tout son temps. Pas question d'avoir un p'tit truc
qui appuie ou qui gêne. C'est que c'est long, 15 minutes. Trèèès long. Olivier branche la seringue sur un truc que je ne vois pas. Pas bouger c'est pas bouger ! Même pas un œil.
La loche est donc vautrée installée. Olivier pose un casque sur mes petites oreilles (oui, elles sont petites). Radio
Nostalgie. (Allons bon. La prochaine fois, je demande TSF-JAZZ). Olivier parle dans le casque. "Vous ne bougez plus". Ben là, franchement, me vois pas faire autre chose. N'envisagerais même pas
de m'échapper : en tanga et veste de papier tissé, j'aurais mon succès certainement, mais on est là pour savoir, et on va savoir.
La table avance dans le gros bazar. Non ce n'est pas une porte spatio-temporelle. Olivier me dit de ne plus bouger. Oui bon ça va,
suis pas sotte. Et puis j'ai pas envie. WOUAH!!!
Bonjour le bruit ! Ça tape. Ça grésille. Ça crépite. Ça saccade (si ça existe !) Imaginez la dernière fois que vous avez emmené un ado mâle de votre connaissance aux jeux d'Arcade… ben
c'est la même en dix fois plus fort. L'odeur en moins, je vous l'accorde. Je perçois que les BEATLES me chantent très gentiment ma-chanson-à-moi dans le
casque. Une autre chanson commence. Cest long. Ah, Olivier me cause. Je ne bouge plus, on va commencer (c'étaient les préliminaires. Pfff), le produit va s'injecter (pinaiz je l'avais oublié,
lui). Olivier précise "Ça va durer 10 minutes". Bon. Zut, ça appuie sous l'œil. Tant pire. 10 minutes, je peux le faire.
Eh bien, mesdames z'et messieurs, vous le croirez si vous voulez, j'ai
dodassé! Dans le bruit, les tac-tac et la fureur, les chansons à peine perçues dans le casque, MiC s'est laissée aller à somnoler.
Qui me parle ? D'où qu'on me parle ? J'en suis restée à pas bouger, moi. Olivier me dit "C'est fini". Je respire un grand coup. Olivier pose la seringue sur ma main droite. Enfer ! Elle est pleine ! Olivier sourit, je l'entends à sa réponse : c'en est une autre, pleine d'eau pour pousser le produit. Pfiou, n'a eu peur de me le refaire.
Je me redresse. Les seins sont toujours là. Ils n'ont pas desséché tels des fruits murs. Oh ça va, suis sûre qu'on y a toutes pensé
! Je me rhabille. Je remercie Olivier. Je retourne dans la salle d'attente. Je remets les bijoux (nan j'ai pas oublié) Pas envie de cappuccino. Pas envie de pipi. Pas envie de livre. Envie de
savoir. On m'appelle. Mes seins occupent tout un mur lumineux. Le premier truc que je vois : le gauche est plus gros que le droit ! Je le savais !!!
Le toubib me dit que tout va bien. Sûr ? Sûr. Vraiment sûr ? Oui, la preuve est dans la courbe. Elle est verte. J'aime bien le vert. J'ai rien
compris, bien évidemment. J'en suis restée à "tout-va-bien-pas-de-cancer". Non je ne peux reprendre mes résultats. Ben pourquoi ? Parce qu'il faut un second avis. Pourquoi ? POURQUOI ?
POURQUOI ? (l'ascendant Rottweiller prend le pas) Parce que c'est comme ça. Mais tout va bien. Ça, ça me va. Bon d'accord je lui laisse tout ça. Je les récupérerai à
l'X-rays de mon bled. J'en profiterai pour y laisser le produit à injecter. Et leur passer un savon.
Je pars. Je monte dans ma voiture. Je mets le contact. Je respire très fort. Tiens, je pleure. Ah c'est bien beau de faire la nana
qui a de la contenance. Je pète mon forfait à appeler copains & copines. Copines surtout d'ailleurs. Tout va bien. "tout-va-bien-pas-de-cancer". Je file à Chantilly m'offrir un Lady Grey à l'English Shop (salon de thé, vous savez bien). Avec un carrot cake. Une grosse part. Et des chocolats. Et toc
!
Au fait, l'est pas plus gros, le gauche. Ben oui. J'ai demandé au docteur (vous commencez
à me connaître). Il a bien regardé toutes les photos. Il a dit que non. Va falloir que j'explique ça à mon soutien-gorge à ramures ivoire. Et aux autres Ravage...